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Entretien avec Éric Aka, prêtre des Missions Africaines, originaire de la Côte-d’Ivoire. Il excerce au Liberia, plus précisément dans le diocèse de Banga, le district de Foya, dans le Nord-Ouest du Liberia, à la frontière de la Guinée et du Sierra Leone.

eric aka

Gérard Sagnol – Le Liberia a connu la terrible épidémie d’Ébola, comment as-tu vécu ce temps de crise ?
E.A.- La crise s’est passée en deux phases : il y a eu le début de l’épidémie, et la deuxième phase, son expansion. Dans les débuts, j’étais là avec la population. J’avais déjà une connaissance d’Ébola, en effet, cette maladie s’était auparavant développée au Congo, nos confrères congolais nous avaient déjà informés sur cette maladie. Nous avons fait de la sensibilisation à la population, l’invitant à suivre les consignes du ministère de la santé, et leur rappelant que c’est une maladie réelle et dévastatrice. Nous menions des campagnes de sensibilisation dans nos communautés chrétiennes ainsi que dans les villages. En mai, j’ai voyagé et à mon retour, je n’ai pas pu rejoindre le Liberia parce que les frontières étaient fermées. Lorsqu’enfin j’ai pu rejoindre mon secteur, nous avons contribué à la phase “appui alimentaire” aux différents orphelins que nous avions. Nous n’avons pu soutenir que 104 orphelins.

eric enfants

G.S.- Comment se passait ce soutien aux orphelins ?
E.A.- Nous apportions de la nourriture aux orphelins. Ceux-ci étaient logés dans la grande famille africaine, chez des oncles ou tantes. On aidait ces familles à prendre soins de ces enfants.

G.S.- Une fois la crise d’Ébola passée, dans quel état se trouvait le pays ?
E.A.- Le pays se trouvait en grande difficulté économique, l’épidémie a duré pratiquement un an et donc l’activité productrice était arrêtée. Il fallait donc relancer l’activité économique et reprendre même les relations sociales, tout en ayant en mémoires les précautions sanitaires essentielles, puisque c’est par le toucher et divers contacts que la maladie se propage.

G.S.- Quelle action as-tu menée avec la communauté chrétienne ?
E.A.- Après Ébola, il a fallu visiter toutes les communautés, se rassurer que tout le monde était en place et redonner espoir aux gens et apprendre de nouvelles habitudes. Nous avons rassemblé les chrétiens pour leur donner des informations avec l’aide de la Caritas. Nous avons aidé la population à avoir un autre regard sur les victimes d’Ébola qui ont réussi à guérir pour ne pas stigmatiser toute la famille mais essayer d’avoir un regard de compassion.

G.S.- Tu vas bientôt rejoindre le Liberia, quels sont tes projets futurs ?
E.A.- Il nous faut maintenant trouver des fonds pour la scolarisation des orphelins. Comme ils n’ont plus de parents, ils ne sont plus scolarisés car la famille d’accueil n’a pas les moyens de payer les études et pour leurs enfants et pour les enfants accueillis. Notre objectif est donc d’assister ces familles d’accueil. C’est le plus grand projet aujourd’hui qui nous tient à cœur. L’appui alimentaire mis en place lors de l’épidémie était programmé sur dix mois, il arrive à terme, mais nous devons continuer à soutenir certaines familles qui sont vraiment dans un dénuement complet. Nous le faisons discrètement. Il y a des femmes seules qui élèvent des enfants et n’ont pas de ressources, nous allons les aider à monter un petit commerce qui va leur permettre de subvenir à leurs propres besoins
C’est au conseil paroissial que nous avons élaboré ce projet ; une équipe spéciale a été constituée et que l’on appelle : “Ebola task force” et c’est avec cette équipe que nous cherchons à répondre au défi actuel. Les paroissiens nous informent sur ceux qui sont dans le besoin et nous soutiennent dans nos actions avec le partage de la nourriture et le secours aux orphelins et aux veuves.

paroisse

G.S.- Cette épidémie a sans doute mis à mal ton projet initial. Qu’en est-il aujourd’hui ?
E.A.- Mon projet initial, c’était, à la suite de notre fondateur, d’installer des communautés catholiques engagées au développement de la région et ce projet demeure. Cependant, nous avons dû réduire le rassemblement des gens pour la formation, nous avions à répondre d’abord à l’urgence présente causée par Ébola. Dans notre réflexion sur cette crise, nous avons vu la nécessité de construire un dispensaire qui puisse répondre au déficit d’infrastructure sanitaire de la région. Nous sommes encore dans la réflexion pour trouver des partenaires qui puissent nous aider à réaliser ce projet. Ébola nous a montré notre déficience en matière d’infrastructures, il faudra que l’Église participe à cette forme de développement.
G.S.- Comme prêtre, es-tu seul dans cette région ?
E.A.- Je suis seul, parce que c’est un projet qui a été initié par les Missions Africaines mais qui date de 2013. Je suis arrivé le 21 décembre 2013. Le projet de la SMA était d’installer des communautés de prêtres dans toute la région de Boffa. C’est une région qui a connu le catholicisme et qui a été victime de quatorze ans de guerre, depuis il n’y a pas eu de prêtres. Les chrétiens sont dirigés par des catéchistes, certes mais la présence du prêtre est un appui essentiel pour nourrir ces communautés.

G.S.- Quel est ton souhait ?
E.A.- C’est d’avoir d’abord une communauté de prêtres des Missions Africaines surtout que la paroisse nous a été confiée pour 25 ans au moins. Une des conditions pour que l’on ait une communauté, c’est d’avoir un presbytère. Mon souhait serait que l’on puisse construire un presbytère, pour loger au moins deux ou trois prêtres. Pour l’instant, de l’ancien bâtiment, mis à mal pendant la guerre, je n’ai pu récupérer qu’une chambre, un salon et un bureau. On cherche donc des fonds pour construire un presbytère qui puisse accueillir des prêtres.