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Au Bénin, quand on n'a pas vu une personne depuis longtemps, on dit :"Il y a trois jours" l'interlocuteur répond : "un de plus"
Voici donc

 la suite du carnet de bord reprenant les 11,12 décembre et complété par les 14, 15 et 16..

Les images pour illustrer :Les 11 et 12 Décembre  et  Les 14, 15 et 16 Décembre

 

Le vendredi 11 décembre à Abobo-Doumé

C’est le jour où nous accueillons Emilie, une jeune étudiante ivoirienne qui fait des recherches sur l’histoire de l’église en Côte-d’Ivoire. Nous avons décidé de la choisir comme fils rouge à notre documentaire, elle nous permettra de découvrir les premiers pas de la SMA en terre ivoirienne à travers son regard. Nous irons avec elle sur le lieu de débarquement des premiers SMA, Alexandre Hamard et Emile Bonhomme à Grand Bassam, en Côte-d’Ivoire.

DSC03269Autre événement à la maison régionale, le coulage d’une dalle de béton, toiture d’un bâtiment qui deviendra le centre d’animation missionnaire. Ici pas de bétonneuses, ni de grosses machines qui déversent le béton en quelques minutes de leur trompe énorme. Tout est fait main. Il faut de bons bras pour monter par différents étages des seaux chargés du béton mélangé au pied du bâtiment. Les équipes devaient être prêtes à 6h30 ; à 8h30 les ouvriers étaient présents sur le chantier, en grande discussion pour le salaire, dans un français approximatif mélangé avec la langue locale. J’ai cru comprendre que certains exigeaient plus parce qu’ils venaient de plus loin. Le ton est monté, l’un des manœuvres, a fait mine d’être fâché, il a repris ses deux pelles pour partir. Mais cela semble être un jeu, un peu comme pour marchander un article. Finalement, après négociation, le travail a pu démarrer vers 9 heures.

En fin de matinée, Sam le chauffeur de la maison régionale nous a conduit à Ebimpé, foyer où logent les séminaristes SMA qui suivent les cours à l’ICMA, (Institut Catholique Missionnaire d’Abidjan) où se retrouvent les étudiants de différentes congrégations à vocation missionnaire. Nous avons interviewé les étudiants pour un autre documentaire, car ce foyer a fêté ses 25 ans d’existence.

DSC03348Une des particularités des concessions, c’est qu’elles sont entourées de murs très élevés. Ils ont tous été relevés depuis plusieurs attaques de bandits, il y a quelques années, avant les événements qui ont secoué le pays. Ebimpé a été le théâtre de plusieurs attaques violentes. La conséquence, des concessions fermées avec un gardien qui surveille à travers un judas avant de vous ouvrir. Malgré cela, il y a quelques jours un jeune homme s’est présenté au Foyer et a utilisé le prétexte de la confession pour entrer. Ils l’ont surpris en train de rôder dans le parc. Il prétendait chercher à se confesser alors qu’il venait d’un quartier distant de 25 Km ; enfin, il a avoué qu’on l’a envoyé pour voler mais que lui ne voulait pas ! Si l’insécurité a bien baissée, il faut tout de même rester très vigilant.

Le soir nous avons eu à traverser plusieurs quartiers de la ville la nuit, impossible pour moi de me situer. Par contre, je n’étais pas à l’aise, même si la conduite de notre chauffeur était sure. Les voitures surgissent à droite comme à gauche pour gagner quelques places. Les rues sont souvent mal ou pas du tout éclairée, les phares des voitures mal réglée et des piétons souvent vêtus de sombre, des vélos sans éclairage, sans parler de gros camions, n’ayant que les feux avant. Tu vois apparaître soudain devant toi, une masse énorme, c’est un camion aveugle transportant deux conteneurs.

Un feu rouge caché derrière un gbaka et l’on se fait arrêter par la police qui demande les papiers, le conducteur sort et revient deux minutes après, il a récupéré ses papiers contre 2000 frs CFA (3 euros environs). Il parait que l’état lutte contre ce genre de corruption, il semblerait que cela a beaucoup diminué.
Le plus extraordinaire : nous avons suivi une voiture qui avait un écran TV sur le rétroviseur central. Nous pouvions voir le film qui se déroulait et monsieur conduisait au milieu d’une circulation infernale !

14 décembre Abobo-Doumé

Ce lundi, nous avons aidé les pères du secteur aux confessions en vue de la fête de Noël. Cela me fait penser au temps des battages dans mon enfance, où les paysans faisaient la tournée des fermes pour s’entraider à battre les épis. Ici, ce sont les prêtres qui s’entraident en faisant la tournée des paroisses pour confesser. J’ai connu cela au Bénin à la veille des grandes fêtes. Ce temps dure toute la semaine.

Nous sommes arrivés à la paroisse, l’église est éclairée de l’intérieur et sa lumière inonde les alentours à travers les claustras ouverts. Tout autour du bâtiment sont disposés des chaises où les prêtres reçoivent les pénitents qui attendent sagement leur tour, à un jet de pierre du confessionnal improvisé. Nous sommes une vingtaine de prêtres à confesser en même temps. Jeunes et vieux viennent à confesse pour bien préparer la fête qui s’annonce.

A la fin des confessions, un repas rassemble le clergé. Moi, qui a été habitué à être longtemps le benjamin de la communauté du 150, ici, je suis le vétéran, juste après Ramon, je ne retrouve aucun confrère ivoirien qui a usé ses culotte avec moi à Anyama. C’est un clergé très jeune qui anime ces paroisses. Plusieurs d'entre eux, pendant le repas, ont consulté, en continu, leur smartphone, la maladie s’est donc fortement répandue ici. Pendant les confessions, j’ai cru qu’une des personnes allait me lire ses péchés depuis son téléphone !

Au sortir de la messe de la maison régionale, il y a toujours une ou deux personnes qui demandent que l’on bénisse de l’eau. A ce propos, il y a un prêtre, Norbert Abekan, qui s’est fait connaître par ses exorcismes et son charisme. Il attire foule. Un jour, on annonce qu’il est absent, c’est donc un autre prêtre qui se charge de bénir l’eau, mais voici qu’apparaît l’abbé Abekan, les chers fidèles se précipitent pour jeter l’eau et recharger leur bouteille d’une eau nouvelle que pourra bénir l’abbé.

15 décembre Grand Bassam et 16 décembre Memni

Deux jours pour retrouver les traces de ces premiers pionniers à l’origine de la naissance de l’Eglise en Côte-d’Ivoire. Il y a eu plusieurs tentatives d'évangélisation bien avant eux, mais elles se sont heurtées à la maladie et la mort et n’ont pas eu de suite.

Nous voici partis vers la plage où ont débarqué les pères Harmard et Bonhomme. Du wharf (le ponton qui s’avance dans la mer) il ne reste qu’un minuscule moignon rouillé qui émerge de l’eau. Nous sommes allés à la recherche d’anciens pouvant nous partager les souvenirs reçus de leurs parents et grands-parents témoins de l’arrivée de ces personnages mystérieux qui parfois faisaient peur.

L’église de Grand Bassam, la première église du pays, est en train de se faire toute belle pour la fête des 120 ans qui se tiendra le 27 décembre.

DSC03975A Memni, première église du diocèse (actuel) d’Abidjan, nous avons découvert la “chapelle sixtine“ ivoirienne, en effet le plafond de l’église est habillé de peintures racontant l’histoire de la paroisse avec l’arrivée des pères et leurs activités pastorales, aidés des religieuses. C’est un jeune Michel Ange du village qui les a réalisées.

Hier matin, au sortir de la maison, j’ai vu un groupe de jeunes plantés devant le kiosque à journaux en train de lire les gros titres.Ce sont les "titrologues" qui ne lisent que les titres et font ensuite leur commentaire de l’actualité.

Aujourd’hui 17 décembre, nous restons à la maison pour visualiser, classer et organiser notre moisson. Les kilomètres de films (virtuels puisque nous sommes en numérique) s’allongent ; de longues heures d’enregistrement à transcrire.

Cela nous permet aussi de récupérer physiquement. Nous avons eu deux jours très ensoleillés, c’est bon pour les images, mais attention à la tête.

Demain, nous partons en direction de San Pedro, un des ports actifs de la Côte-d’Ivoire, mais la route côtière est en très mauvais état, nous devons monter jusqu’à la capitale Yamoussoukro pour redescendre par Issia, Soubré vers la côte. 

Gérard Sagnol, sma