Imprimer

farwest

Vendredi 18 décembre nous prenons la direction de l'ouest de la Côte-d'Ivoire avec escale à San Pedro pour atteindre Tabou extrême ouest de la frontière. 

Le récit en images

C’est à 6h30 du matin que nous avons tenté de quitter la capitale encombrée, mais déjà les routes étaient bien pleines. Enfin sur l’autoroute à péage : 2 fois 1250 Frs CFA (4 euros environ), nous avons filé jusqu’à la capitale ivoirienne, une route en très bon état surtout l’ancienne section, la vitesse est limitée à 120 km/h alors que la nouvelle section vieille d’un an à peine commence déjà à onduler, la vitesse maxi est à 110 km. Les grandes forêts ont disparu, ce sont des plantations d’hévéa tout au long du parcours, remplacées plus au nord par des thèques, une essence à pousse rapide qui donne un bois relativement droit. Les plantations d’hévéas ont tendance à remplacer les plantations de cacao car une fois qu’elles produisent, elles rapportent bien et demandent peu d’entretien. Certaines paroisses et la SMA se sont lancées dans cette forme de plantation pour avoir des revenus. Mais il faut investir fortement pendant sept ans avant d’en tirer quelques bénéfices qui auront vite fait de rembourser l’investissement. Mais depuis, le prix a baissé et les produits prophylactiques pour entretenir la plantation ont augmenté, alors question : est-ce qu’au bout du compte, cela sera rentable ?

De la grande forêt, il ne reste que quelques arbres majestueux et orphelins témoignant d’un passé riche en bois. Ils sont devenus rares, très rares les grumiers ne transportant que deux troncs d’arbre massifs. Rapidement la forêt laisse la place à la savane arborée, puis à la savane où règnent les palmiers rôniers.

Notre montée vers le nord s’est arrêtée à Yamoussoukro, là, nous avons bifurqué à l’ouest direction Issia. La route entre Yamoussoukro et Saioua était correcte mais celle entre Saioua et Issia, un vrai champ de mines où il fallait être champion du Slalom Géant pour ne pas choir dans un de ces trous traitreusement caché à l’ombre d’un arbre. Certains trous ont été comblés, d’autres n’ont pas tenu et enfin d’autres, oubliés, ont laissé pousser l’herbe en leur sein.

Nous sommes arrivés à Issia aux alentours de midi et nous avons rendu visite au séminaire de Propédeutique (séminaire préparatoire pour le grand séminaire). J’ai appris une nouvelle expression : « faire coco », cela veut dire arriver chez quelqu’un sur les coups de midi pour se faire inviter au repas. Il est dit ici, qu’en France, quand un étranger arrive au moment du repas, on l’installe dans le salon en lui donnant le journal à lire. Nous avons eu beau demander où se trouvait un maquis (petit restaurant), ils ont insisté pour que nous partagions leur repas ! La multiplication des pains s’est à nouveau vérifiée. Vraiment l’accueil en Afrique, toujours imbattable. Il y a 14 jeunes en formation.

Nous les avons quittés pour le sanctuaire Marial de Notre Dame de la délivrance. Ici, on ne monte pas vers la vierge par un chemin en colimaçon comme au sanctuaire d’Abidjan, mais c’est une montée directe de 102 ou 3 marches jusqu’à la statue de la vierge de la délivrance, sculptée par Paul Siaka (cf album photos précédent). Ce sanctuaire adossé à une colline a été fondé par le Père Paul Pageaud et draine un grand nombre de croyants de tout le pays. Notre route étant longue, nous n’avons pu rester trop longtemps dans ce havre de paix. Il nous restait encore bien du chemin pour atteindre San Pedro.

Arrivée à Seweke, quartier de San Pedro, c’est une équipe de deux jeunes prêtres SMA, un Centrafricain et un Togolais aidés par un séminariste stagiaire qui nous ont accueilli à la nuit tombée. Enfin, nous allons poser nos valises après 12 heures sur les routes. Nous espérions une nuit de récupération, mais la paroisse va passer la nuit en prière, ici pas d'adoration silencieuse, mais beaucoup d’acclamations. Ce ne serait rien s’il n’y avait pas la sono saturée qu’emploient les animateurs et qui couvre la chorale et l’assistance. Je vous dis bonne nuit…

Samedi 19 décembre

Une nuit bruyante, mais je me suis tout de même endormi écrasé par la fatigue. A cette veillée nocturne, un prédicateur d’Abidjan était attendu pour les 20h. Il a quitté Abidjan vers 9h mais une série de pannes en cours de route l’ont retardé. Il n’est arrivé qu'à 2h du matin et s’en est retourné après la messe qui a lieu à 4h du matin.

Le samedi 19 décembre en route vers Tabou

A mon lever, vers sept heures, j’ai trouvé les deux prêtres de la paroisse dehors sur un banc. J’étais surpris de leur lever matinal après une nuit de veille. Ils m’ont dit qu’ils ne se sont pas couchés et que les derniers fidèles venaient de partir. Quelques jeunes, qui avaient passé la nuit étaient encore là, balais à la main, pour faire le grand nettoyage de l’église et de ses abords pour la fête… Chapeau bas ! je me sentais bien paresseux. La matinée a vite passée en visites. L’après-midi, en route pour Tabou, à peine 100 km mais une partie de la route est défoncée, avec le goudron cassé c’est pire qu’une piste abîmée. Dans la ville, nous avons été arrêtés plusieurs fois pour « contrôle routinier », Dario s’étonnait de ces contrôles, je pense que les fêtes de fin d’année approchent, il faut de l’argent pour faire les cadeaux à toute la famille. A chaque fois qu’ils lisaient sur la portière "Missions Catholique SMA", ils nous disaient d’aller.

Sur la route, nous avons trouvé de nombreux passages avec herses et gendarmes armés kalachnikov et portant gilet pare-balle. Il faut dire que dans la région où nous nous rendons, il y a encore eu une attaque d’un commissariat avec 11 morts. Nous avons dépassé deux motos montés par des dozos en tenue traditionnelle et leur fusil. Les dozos sont les gardiens traditionnels. Ils ont été demandés pour protéger des coupeurs de route qui dévalisent les voyageurs.

Après de beaux slaloms et un fort tangage, nous avons pu atteindre sans encombre Tabou, ville où j’ai eu la joie de passer mes premières grandes vacances scolaires en 1971 chez le Père Parieau. Dario et André N’koy sont des anciens de cette paroisse et ont donc retrouvés des amis surpris de les voir là. De grandes accolades avec l’expression “atou“. Un accueil merveilleux, on est ici chez nous partout.

Pour ceux qui n’ont jamais été en Afrique, je décris le rituel. Quand on arrive dans une maison et l’on nous fait asseoir, on nous apporte de l’eau à boire et l’on nous demande la nouvelle qui commence immanquablement par : « Il n’y a rien de mal… » Même si dans la nouvelle suivante, on vous annonce le décès d'un proche. Après le rituel de la nouvelle, on nous propose des boissons sucrées ou bières.

Nous avons eu droit à une coutume Krou, ce dimanche matin, c’est la kola et le piment. En guise d’accueil en pays kroumen on t’offre une noix de kola accompagnée d’une pincée de piment, suivi en général du “lait de la kola“, le bangui (vin de palme). Ce geste signifie que tu es adopté en pays Krou. Dario a expliqué l’histoire de la kola. Ce serait un chasseur épuisé qui aurait vu un rat palmiste à moitié mort manger cette noix et reprendre vigueur. Il a eu l’idée d’en manger et a retrouvé la force.

Dimanche 20 décembre

Il m’a été demandé de présider la messe des jeunes et d’assurer l’homélie. Le vicaire, Gérard, mon homonyme a concélébré avec moi. Au début de la messe, j’ai dit mon émotion de célébrer dans cette église ou 45 ans plus tôt, dans ce même lieu, j’avais assisté à la messe comme séminariste. Ici, quelle que soit la chaleur, on porte aube et chasuble, j’ai vite été transformé en éponge bien humide, pendant l’homélie, une jeune fille est venue me tendre un mouchoir pour que je puisse éponger mon visage. Une messe vivante et rythmée, animée par la chorale des jeunes. Par la magie d’un synthé, on a eu droit aux trompettes.

Tabou, est une ville au bout du monde ivoirien, on disait que c’était le lieu de punition des fonctionnaires. Elle se situe à la frontière ouest du pays, séparée du Libéria par le fleuve Cavali. C’est le Père Cosset, venu à pied de la ville de Man (près de 400 kms) qui ouvert la paroisse de Tabou. Il a construit l’église et a fait financer son clocher par les armateurs, celui-ci pouvait leur servir de repère aux bateaux longeant la côte. Sur le mur du fond trône un portrait royal de St Louis, on disait le Père Cosset royaliste. Tabou a connu des heures terribles, d’abord avec les réfugiés libériens lors de la crise Libérienne avec un afflux massif de réfugiés qu’a dû gérer la mission catholique. Ensuite, ce sont les événements de Côte-d’Ivoire qui ont plongé à nouveau Tabou dans le chaos, avec son lot de cadavres. Aujourd’hui tout semble calme.

Lundi 21 décembre

Aujourd’hui, nous allons interviewer deux anciens qui ont travaillé avec le Père Cosset, ce seront des éléments supplémentaires dans notre stock de vidéo qui pourront servir pour le documentaire.

Gérard Sagnol, sma