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Covid 19Apparu en décembre 2019 en Chine dans la métropole de Wuhan, le coronavirus 2019- Covid 19 s'est ensuite répandu à travers le monde. Ce cousin du Sras, très contagieux, se transmet par les voies respiratoires et a déjà fait plusieurs milliers de morts. En France, au moment de la rédaction de cet article, 7560 personnes sont mortes du virus dont 2028 dans les Ehpad et des centaines de milliers d’infections depuis le 1er mars.

En confinement, Michel Cartaterguy, l’archevêque émérite de l’archidiocèse de Niamey partage quelques pensées d’espérance en ces temps difficiles.

La Maison Internationale Missionnaire (MIM) appelée communément le 150 ne déroge pas à la règle du confinement. Tous les membres de la communauté sont confinés dans la maison mais plus encore confinés chacun dans leur chambre comme des moines dans leur cellule ou plutôt comme des chartreux puisque nous n’avons plus rien en commun ni messe, ni prière, ni détente, ni repas. Nous avions l’habitude de dire « nous ne sommes pas des moines » pour excuser nos absences des actes communautaires, il nous faudra trouver désormais d’autres formulations pour justifier nos manquements.

3 parmi les 15 confrères que nous sommes sont à l’isolement total pour 14 jours. Leur état de santé ne présente pas de danger, ils sont bien suivis par les médecins et accompagnés par la prière de chacun.

C’est une expérience unique que je fais sans le vouloir comme Jésus la fit lorsqu’il fut poussé dans le désert par l’Esprit. Lui non plus n’avait pas choisi la situation d’épreuve dans laquelle il se trouva.

« Après quarante jours et quarante nuit, Jésus eut faim ». Les premiers jours de solitude m’étaient faciles et agréables mais je n’ai pas attendu la quarantaine pour avoir faim :   faim de liberté, faim de sortie, faim de rencontre avec les autres, faim de marche au grand air au soleil printanier… Je pensais que la liberté m’appartenait. L’aridité quotidienne de l’enfermement m’apprend   qu’elle n’est pas de mon ressort. C’est avec cette privation toute tenue que je rejoins plus fréquemment mon frère Luigi captif dans le désert du sahel depuis plusieurs mois et je ressens avec lui combien la prière intérieure peut alléger l’attente de la libération.

Dans le désert, Jésus fut emmené sur une très haute montagne. Entrant dans la solitude monacale je n’en fis pas une montagne. Tout était dans mon sac de montagnard : le travail en retard à finir, le smartphone pour maintenir le lien avec le monde, l’internet pour m’évader, la télévision pour me distraire et bien d’autres réserves qui de jour en jour manifestent leur inutilité parce que j’apprends que le temps n’est pas à meubler mais à l’habiter en descendant à la source de la Parole de Celui qui monte au calvaire librement comptant uniquement sur la volonté de son Père. 

En ce début de semaine sainte, je compare ma chambre à l’arche que Noé fabriqua pour échapper au fléau.  Dieu lui dit : « j’établirai mon alliance avec toi et tu entreras dans l’arche. » Le pic du mal au temps de Noé dura quarante jours. Ce matin, alors que chacun de nous recevait un petit branchage, je vis la colombe revenir vers Noé avec dans son bec une petite branche d’olivier. La colombe avait donc trouvé la terre ferme là où se vivent la solidarité, la fraternité, la justice, le respect de la création… Elle est porteuse du message pascal que tout le monde espère aujourd’hui qu’un autre monde est à inventer. Ce que la colombe a vu je le vois aussi en ces personnes qui se donnent sans compter aux autres pour soigner, nourrir, protéger, accompagner, diriger à commencer par mes frères et mes sœurs qui sont tout près de moi. J’élève ma prière de louange pour chacun d’eux...

Noé avait attendu que Dieu lui dise : « Sors de l’arche ». J’attends patiemment et joyeusement sachant qu’il n’oubliera pas d’ouvrir la porte de mon arche au temps voulu.

Le 5 avril 2020, le Dimanche des Rameaux.

Michel Cartatéguy.