Imprimer

formatorsArtiLe décès du père Maurice Prat - un homme que j’ai craint comme étudiant, mais que, par la suite, j’ai beaucoup apprécié - a permis récemment la mise à jour du « Petit Biotteau » que l’on pourrait appeler aujourd’hui le « Petit Favier ». Et j’ai pris connaissance, une nouvelle fois, de la situation de notre Province. Nous ne sommes plus que 106 confrères ; 7 parmi nous ont moins de 70 ans ; notre moyenne d’âge atteint 82 ans.

A vues humaines, l’avenir est très sombre, on peut même dire désespéré. Mais, dans la foi, l’avenir est glorieux : encore très peu de temps et nous nous retrouverons tous dans la maison du Père ; nous verrons face à face, dans la lumière, Celui que nous aurons servi ; et nous pourrons lui rendre grâce de nous avoir appelé, et de nous avoir accompagné durant toute notre vie missionnaire.

Au moment où je recevais ces informations sur l’état de notre Province, se tenait au Centre-Brésillac, à Calavi, une rencontre des formateurs sma, avec la présence de quelques responsables de District, et d’un animateur vocationnel. Comme toujours désormais, cette rencontre était très internationale : 1 confrère venait de l’Inde, 1 autre de Zambie, 1 d’Egypte, 2 du Kenya, 2 de Côte d’Ivoire, 3 du Nigéria, 3 du Togo, et nous étions 5 du Bénin. Le père Rozario du Conseil général animait cette rencontre, aidé par 1 confrère sma venu de Tanzanie, le père James Shimbala, qui se consacre totalement à la formation.

J’ai été émerveillé par ce que j’ai vu, et je le reste, au moment où chacun reprend la route pour rejoindre sa communauté. Même si mes oreilles fatiguées et mon ignorance de la langue anglaise ne m’ont pas permis de tout comprendre, cette rencontre m’a rempli de joie pour plusieurs raisons que je voudrais vous partager :

  1. Nous étions entre sma, habités par un projet commun. Aucun animateur venu de l’extérieur. Cela veut dire que nous avons aujourd’hui la capacité d’animer nous-mêmes nos rencontres concernant la formation. Il y a, parmi nous, des personnes de qualité, bien formées et compétentes, pour assurer ce service. C’est le fruit de tout un travail, réalisé dans les années passées et qui continue aujourd’hui, pour former des formateurs de qualité, capables d’assurer, comme il le faut, la croissance humaine, intellectuelle, spirituelle et missionnaire de nos étudiants.
  2. J’ai aussi découvert que la SMA avait un vrai projet de formation très cohérent, à l’intention de tous ceux qui veulent se joindre à nous. Ce projet consiste à former des missionnaires libres, matures, capables d’initiative, décidés à mettre en œuvre le charisme de notre Société, des missionnaires ouverts au monde d’aujourd’hui et enracinés dans la foi au Christ-Jésus. J’ai été heureux d’entendre cela, et de constater que ce projet est partagé par tous. Reste bien sûr à me mettre en œuvre.
  3. Ma très grande joie fut de retrouver comme confrères des jeunes que j’avais jadis accueillis comme séminaristes pour des stages de langue à Cotonou. Depuis 25 ans, ils ont vieilli eux aussi et, peu à peu, ils prennent leur place comme responsables de nos maisons de formation en Afrique et en Inde, comme responsable de l’ICMA (Institut Catholique Missionnaire Africain) à Abidjan. J’ai pris conscience de cette réalité avec beaucoup d’émotion, un peu comme jadis le vieillard Siméon. Ce fut pour moi un très grand cadeau.
  4. J’ai senti aussi des confrères très engagés dans leurs responsabilités, bien conscients des problèmes et des difficultés d’aujourd’hui, décidés à opérer le discernement nécessaire dans le choix des candidats ; et ce travail reste toujours très délicat. Les échanges ont été nombreux, spontanés, empreints de liberté et de respect. Ils ont permis de mettre en lumière certaines questions, comme celle du nombre des étudiants… Pensant à l’Assemblée générale dont les travaux débuteront dans quelques mois, je me disais que l’avenir de la SMA est dans de bonnes mains si l’esprit que j’ai vu à l’œuvre continue et se développe.
  5. J’ai retrouvé enfin cet esprit sma dont on parle tant, et qui est fait de simplicité et de fraternité. Comme c’est la coutume dans la plupart de nos maisons, les repas ont été festifs ; puis, chacun a pris son tour de service, et personne n’a hésité à passer le tablier pour assurer la vaisselle et préparer la salle à manger. Et, apparemment, chacun se sentait à l’aise dans cet humble service. On peut être docteur en droit ou en psychologie, et rester capable de laver les assiettes et de nettoyer les tables. Je pensais que notre fondateur, témoin invisible de cette rencontre, devait être heureux de voir que l’esprit de famille reste bien présent au cœur de la vie de ses disciples.

Au cours de cette réunion, j’ai rencontré un jeune confrère de Côte d’Ivoire, le père Jean-Paul Silué, avec lequel j’ai partagé longuement. Ordonné en 2012, il a été envoyé en mission en Egypte, le pays de son stage. J’ai découvert un homme heureux, bien intégré dans son pays d’adoption, connaissant l’arabe, entrant peu à peu dans le rite copte catholique, comme jadis certains de nos confrères. Il me disait : le sang de l’Egypte coule aujourd’hui dans mes veines ; j’y suis bien et j’espère y rester longtemps, si Dieu le veut. Et je repensais à ce jour où la Province de Lyon décida de ne plus envoyer de confrères en Egypte, faute de combattants. Depuis quelques années, la SMA redevient visible dans ce pays de mission puisque 7 jeunes confrères y travaillent, au Caire et en Haute-Egypte. Vraiment, la mission ne nous appartient pas : l’homme propose, mais Dieu dispose !

Cette rencontre qui vient de s’achever a donc été pour moi un très beau cadeau. Elle m’a permis, une fois encore, de regarder l’avenir du côté où le soleil se lève. Je n’ai pas été ébloui, mais j’ai vu le jour se lever. Oui, je crois pouvoir le dire : l’avenir se construit… sûrement ! Soyons heureux : la Mission ad gentes et ad extra, qui a été la nôtre, continue encore et toujours, et la SMA fait vraiment tout ce qu’elle peut pour préparer les missionnaires de demain.

Père André Moriceau