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Kette Afin de comprendre comment le Covid 19 affecte la République Centrafricaine, le Centre International des Médias SMA a eu l’occasion d’obtenir des informations du P. Justin Kette qui s’était rendu à l’Assemblée du District Centrafricain mais n’a pas pu revenir en raison de la suspension des vols internationaux. Il nous explique la situation actuelle et les mesures qui ont été prises tant par la Conférence épiscopale que par le gouvernement.

« Pitié, mon Dieu ! Si tu es vraiment gentil, fais que Coronavirus n’arrive pas dans les couches populaires de Centrafrique, sinon ton peuple va crever comme des mouches et personne ne pourra le sauver ! »

Depuis le 2 mars 2020, le père Justin Ketté nous faire savoir qu’il est « à Bangui en Centrafrique pour l’assemblée du District qui s’est déroulée du 16 au 21 mars. » Il avait prévu de rentrer le 31 mars en Alsace où il est « encore Curé jusqu’à la fin de l’année pastorale. Mais voilà ! le Coronavirus m’a bloqué à Bangui. Il en profite « pour préparer un certain nombre de dossiers concernant le District. » En France, les mesures de confinement prises pour lutter contre la propagation du Coronavirus sont sans « commune mesure avec celles qui sont prises par les autorités centrafricaines, » remarque le père Justin. En Centrafrique, les données connues indiquent que 6 personnes sont contaminées ; ces cas sont tous « importés » d’Europe (d’Italie et de France). Après les mesures gouvernementales comme l’interdiction de rassemblement des personnes, la fermeture de l’aéroport de Bangui, la fermeture des débits de boisson, la fermeture des établissements scolaires, universitaires et professionnels ainsi que l’interdiction des déplacements interurbains, la Conférence épiscopale centrafricaine a pris des mesures spécifiques pour la communauté catholique. Celles-ci s’articulent autour de la fermeture des écoles catholiques, la suspension des célébrations eucharistiques regroupant plus de 15 personnes, la suspension des activités des mouvements, fraternités et groupes de prière, la suspension de l’administration des sacrements de baptême, confirmation, mariage et ordination ainsi que la suspension de la célébration des funérailles. Une semaine après la publication de ces mesures, le père Justin a fait remarquer que « les réactions qu’on entend à Bangui laissent perplexe quiconque débarquerait d’Europe. On a l’impression que c’est l’insouciance, le déni et le refus de voir la réalité en face qui priment. » Quand bien même les autorités civiles et religieuses appellent à faire attention car le Coronavirus est déjà en Centrafrique, « on dirait que la prévention contre le Coronavirus n’est pas acceptée par le centrafricain lambda ! » a-t-il observé. Les rues et les marchés de Bangui grouillent toujours de monde. Eviter de se serrer les mains n’est pas encore entré dans les habitudes. Il a remarqué aussi que « les taxis et bus sont toujours bondés de monde. Les taxi-moto continuent de transporter 3 à 4 passagers. » Ces derniers jours, policiers et gendarmes sont mis à contribution dans les gares pour forcer les banguissois à rentrer dans la dynamique de prévention contre le Coronavirus en obligeant les conducteurs de taxis, bus et taxi-moto à réduire le nombre de passagers. On entend certains dire selon lui que « c’est Dieu qui protège ! le Coronavirus ne tuera pas les Centrafricains !» Et pour pousser le spirituel à l’extrême, d’autres disent qu’à cause de leur foi, le Coronavirus ne les atteindra jamais ! Par ailleurs le père Justin se « se demande bien comment c’est possible de confiner un peuple qui n’a pas accès aux services de base : pas d’eau potable ni d’électricité pour tout le monde, et les structures sanitaires ne sont pas équipées pour faire face à une pandémie de cette ampleur… » A Bangui comme partout en Centrafrique, les gens vivent le jour au jour et la promiscuité est visible partout. Confiner une ville comme Bangui équivaut à soumettre un peuple à un suicide collectif. En voyant le mode de vie des Centrafricains, le père Justin a été tenté de prier ainsi : « Pitié, mon Dieu ! Si tu es vraiment gentil, fais que Coronavirus n’arrive pas dans les couches populaires de Centrafrique, sinon ton peuple va crever comme des mouches et personne ne pourra le sauver ! ». Il espère que le bon Dieu écoutera sa prière et sauvera le peuple centrafricain et le monde entier de ce Coronavirus made in China !

                                                                                                   Dominic Wabwireh, SMA