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Seaspiracy

Nous avons célébré le 22 Avril, la journée de la terre ; une journée qui se veut de soutenir la protection de l’environnement. C’est une action qui concerne chacun d’entre nous, non seulement parce que nous nous soucions du monde naturel, mais aussi parce que nous y vivons.

C’est dans ce cadre que nous voulons parler aujourd’hui de Seaspiracy, qui pourrait se traduire « piratage des mers », l’un des derniers produits Netflix, réalisé par le cinéaste Ali Tabrizi.


Seaspiracy
est un documentaire de 90 minutes dont l’argument principal est l’impact que la pêche produit sur l’écosystème, en passant par les droits de l’homme, la durabilité, le changement climatique, les plastiques dans la mer ... et bien plus encore.

Avec ce documentaire, tourné dans plusieurs régions maritimes du globe, le réalisateur Ali Tabrizi cherche donc à mettre en lumière ce qu’il considère comme un aveuglement collectif face à la dégradation des écosystèmes marins. Et pour lui, il ne fait aucun doute que les pêcheries commerciales sont le principal moteur de destruction de ces milieux naturels, qui sont le fruit de centaines de millions d’années d’évolution.

En fait, ce documentaire n’est pas le premier produit de ce genre. On pourrait en citer bien d’autres comme Cowspiracy, What the Health, The Social Dilemma, etc.

Seaspiracy est louable dans le fait qu’il « tire le rideau » de l’opinion médiatique sur un problème épouvantable : la non-durabilité de l’industrie de la pêche d'un point de vue environnemental, sanitaire, social, climatique ...
Si vous avez besoin d’un documentaire pour ouvrir le débat sur la question, seaspiracy vous sera bénéfique.


 
Voici les passages clés du DOCUMENTAIRE :

Pêche intensive et prises accessoires
Le documentaire s’ouvre sur la voix off d’Ali Tabrizi, un cinéaste de 27 ans fasciné par l’écosystème marin depuis son plus jeune âge. Le voyage d’Ali commence à Taiji, au Japon, où il se veut de documenter la pêche aux dauphins. Ici, à la manière d’un journaliste d’investigation, il prend conscience du fait que ces mammifères sont tués comme « coupables » d’avoir concurrencé l’homme dans la pêche intensive du thon rouge, désormais réduite à 3% de l’espèce en raison de sa valeur marchande extrêmement haute.

Les fausses marques
Le documentaire continue ensuite à enquêter sur les marques qui devraient garantir l’éthique de la pêche. Ali nous explique comment celles-ci sont inutiles en raison de l’impossibilité de contrôles qui peuvent garantir leur validité. Certaines des marques accusées que sont Dolphin Safe et Marine Stewardship Council, sont financées par les pêcheries elles-mêmes.

Plastiques et filets de pêche
Le documentaire poursuit ensuite en illustrant le fait que 46% des plastiques présents dans les océans n’ont rien à voir avec les fameuses pailles qui finiraient dans les narines des tortues, mais plutôt qu’elles proviendraient de filets de pêche.

Meurtres, esclavage et droits de l’homme
La pêche n’affecte donc pas seulement l’écosystème marin, mais aussi les droits de l’homme. En premier lieu parce que la sécurité de ceux qui la surveillent est compromise. Il arrive, par exemple, que des observateurs gouvernementaux chargés de surveiller les activités de pêche soient tués sur des navires et jetés par-dessus bord, comme dans le cas de Keith Davis. Ali a déclaré que 18 observateurs avaient disparu en 5 ans en Papouasie-Nouvelle-Guinée. Aux Philippines, en 2015, Gerlie Alpajora a été menacée par une famille de pêcheurs puis assassinée.

Existe-t-il une pêche DURABLE ? La pisciculture
En quête d’une réponse à l’existence éventuelle d’une forme de pêche durable, Ali se concentre sur la pisciculture intensive. Pourraient-ils avoir moins d’impact sur l’écosystème des mers ? Non, car les poissons des fermes sont nourris avec des poissons pêchés dans les océans. Et les conditions de vie des poissons dans ces fermes sont loin d’être durables. Massés dans de très petits espaces, l’hygiène n’est pas toujours au rendez-vous.
Enfin, la discussion éthique est portée sur le thème de l’ouverture / clôture avec l’histoire du Grindadráp, le massacre de baleines pour la subsistance des habitants des îles Faroe.
Quelle est la limite éthique de la pêche durable reste le grand point d’interrogation.

L’arrêt de consommation du poisson est-il la SOLUTION ?
On estime que nous capturons jusqu’à 2,7 milliards de poissons par an, soit l’équivalent de 5 millions de poissons par minute. D’un point de vue éthique et environnemental, est-il possible de continuer ainsi à consommer du poisson ? Tabrizi ne pense vraiment pas.

LES CRITIQUES

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Il y a eu des critiques de tous les fronts. Tout d’abord, ceux provenant des entités attaquées dans le cadre du documentaire.
Ainsi donc, nous avons Oceana qui écrit que « s’abstenir de consommer du poisson n’est pas un choix réaliste pour les centaines de millions de personnes dans le monde qui dépendent de la pêche côtière ».
Pour le Marine Stewardship Council «  Affirmer que la pêche durable n’existe pas est un fake news. Au contraire, les populations de poissons peuvent se régénérer et se rétablir si elles sont gérées avec précaution sur le long-terme. »
Les critiques sont également venues de Earth Island, qui rapporte les paroles de David Phillips, directeur de l’International Marine Mammal Project : « Tout en traitant des problèmes critiques, Seaspiracy rend malheureusement un mauvais service à un certain nombre d’organisations qui effectuent un travail fondamental pour protéger le océans et vie marine. »
Le National Fisheries Institute a qualifié le documentaire de 90 minutes de propagande végétalienne.

Il y a aussi de nombreuses critiques de la part de principaux journaux :

Notamment, dans le New York Times on peut lire: « Le style rhétorique du film ressemble souvent à une imitation bon marché du journalisme d'investigation percutant. »
The Guardian rapporte: « Seaspiracy: un documentaire Netflix accusé de fausses déclarations de la part des participants. »
Et la liste pourrait s’allonger.

En fin de compte, mais non des moindres, les commentaires des scientifiques et des spécialistes du monde marin et autres ne manquent pas. Les critiques portent sur l’inexactitude des données : Par exemple, selon les Nations Unies et la FAO, les prises accessoires ou la pêche collatérale ne représenteraient pas 40% mais 10% du total.
Des critiques ont également été formulées concernant les personnages interrogés, pour la plupart des activistes. La remarque ici concerne le manque de personnes ayant étudié les océans de manière scientifique.

Et donc?
Il ne fait aucun doute que 90 minutes ne sont pas suffisantes pour épuiser adéquatement, peut-être même pas, l’un des sujets abordés par Seaspiracy.

Il faut cependant avouer que le documentaire est très agréable à regarder, avec un rythme très engageant. La narration est accompagnée d'images et de graphismes très intéressants.

Seaspiracy attire l’attention sur des problèmes qui ne sont pas mis en première page lorsqu’il s’agit de changement climatique ou de crise des écosystèmes. En discuter, c’est bien, même à travers la critique, car cela peut conduire, dans certains cas, à des idées personnelles. Ce sont précisément ces informations qui peuvent donner au spectateur une plus grande conscience de ce qu’il achète, apporte à table et mange. Tout cela car, au-delà du produit Netflix lui-même, on parle de problèmes graves et urgents, comme l’agriculture intensive, les droits de l'homme liés au monde de la pêche, etc. ...

Au final, Seaspiracy est un produit qui sait tenir le spectateur en haleine, lui laisser au final un sentiment de besoin d’action individuelle immédiate.

Nous sommes à un moment de l'histoire où nous devrons faire un choix, explique le capitaine Alex Cornelissen, PDG de Sea Shepherd Global, qui a coproduit le documentaire, « Soit nous arrêtons de soutenir l'industrie destructrice et non durable qui détruit notre océan ou soit nous continuons sur le chemin actuel et trouvons notre océan vide au cours de notre vie ? Nous sommes en guerre contre l’océan ; et si nous gagnons cette guerre, nous perdons tout le reste parce que le genre humain ne peut pas vivre sur cette planète avec une mer morte. »

Le prétexte pour ouvrir le débat a donc servi.

Brice Ulrich AFFERI